Questions de propriété intellectuelle - Introduction
Grille d'évaluation des questions de PI
Revue des tendances de la gestion publique de la PI sur la scène internationale
Questions de PI : l'expérience canadienne
Principes directeurs de la gestion de la PI
La propriété intellectuelle (PI) exige constamment l'attention du gouvernement pour deux raisons :
Les compressions budgétaires poussent maintenant les gouvernements à s'intéresser à la PI pour une troisième raison : la production de revenus.
Ces trois facteurs de motivation n'interagissent pas de façon harmonieuse. Les pratiques qui permettent de maximiser les revenus que le gouvernement tire de la création et de la propriété d'un bien intellectuel peuvent, par exemple, aller à l'encontre des obligations des ministères à l'égard du public (surtout dans le domaine de la santé et de la sécurité publique). En outre, il est difficile de mettre en oeuvre des approches de gestion équitables et cohérentes à cause de la diversité des mandats des ministères et des sociétés d'État.
Les Partenaires fédéraux en transfert de technologie (PFTT) contribuent à l'élaboration de pratiques équitables et cohérentes en matière de PI. Leur mandat est le suivant :
Dans le cadre de leur mandat, les PFTT souhaitent définir quelques principes directeurs concernant la PI au sein du gouvernement fédéral. Leur but est surtout d'obtenir un juste équilibre entre le besoin d'uniformiser la gestion de la PI à l'échelle du gouvernement et le respect de pratiques conformes au mandat de chaque ministère et société d'État.
En collaboration avec les divers intervenants qui travaillent directement et indirectement avec les PFTT, une grille a été élaborée afin d'établir un lien entre les conditions dans lesquelles la PI est élaborée et les questions qui se posent à l'État. La grille a été conçue à partir d'une étude réalisée par le Groupe SECOR sur l'expérience canadienne et internationale de la gestion de la PI et de la consultation d'intervenants possédant une expérience directe. Les PFTT remercient le Groupe SECOR d'avoir travaillé avec ses membres à l'élaboration des principes directeurs.
N'hésitez pas à nous communiquer vos observations et vos suggestions.
Morna Paterson
Directrice
Bureau des PFTT
Pièce 281-B
1200 Chemin de Montréal, Édifice M-55
Ottawa (Ontario) K1A 0R6
Téléphone : (613) 998-5285
Télécopieur : (613) 998-8768
Adresse électronique : morna.paterson@nrc-cnrc.gc.ca
La gestion de la PI est complexe. Il faut d'abord élaborer un cadre analytique afin de simplifier les questions de PI. Avec l'aide des PFTT, le Groupe SECOR a élaboré un cadre en se fondant sur :
Grille d'évaluation des questions de PI |
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Aspects de PI
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| Origine du besoin de recherche | Origine de la solution | Politique de concurrence | Propriété partagée | Développement industriel | Incitatifs internes | Normes industrielles |
| À l'intérieur du secteur public | À l'intérieur du secteur public | |||||
| À l'intérieur du secteur public | À l'extérieur du secteur public | |||||
| Besoin partagé | Solution conjointe | |||||
| À l'extérieur du secteur public | À l'intérieur du secteur public | |||||
| À l'extérieur du secteur public | À l'extérieur du secteur public | |||||
| À l'extérieur du secteur public | Solution conjointe | |||||
Origine des besoins en matière de recherche et origine des solutions
Les ministères et les organisations entreprennent des activités donnant lieu à une PI en fonction de celui qui a besoin d'une innovation et de celui qui est en mesure de fournir cette innovation.
Le secteur public est à la fois acheteur et fournisseur de PI; le secteur privé aussi. Si l'on se place du point de vue du gouvernement, il existe six combinaisons qui conduisent à la création de PI :
- La PI résulte des capacités internes de R et D, comme celle des installations de recherches de Santé Canada, du Conseil national de recherches du Canada (CNRC), d'Environnement Canada, etc.
- Donne lieu à l'attribution de contrats de recherche. Les marchés précisent le rendement exigé des innovations. Par exemple : les projets de l'Agence spatiale canadienne (ASC) comme Radarsat II, certaines recherches effectuées à Agriculture et Agroalimentaire Canada, les marchés du ministère de la Défense nationale et de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada.
- Ainsi, les installations publiques de recherches servent à réaliser des contrats pour des clients du secteur privé, comme par exemple l'Institut de recherche en construction du CNRC, le CRC, CANMET, etc.
- Donne lieu à des partenariats entre le gouvernement et le secteur privé ou entre le gouvernement et les universités, à des prêts à des entreprises et à des subventions au secteur privé.
- Les organismes de subvention comme le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) et le Conseil de recherches médicales (CRM) font partie de cette catégorie; les recherches dans les universités et les hôpitaux qu'ils subventionnent se situent en dehors du cadre fédéral.
Aspects fondamentaux de la PI
Dans la section qui précède, nous avons montré comment il est possible de simplifier les questions de PI en considérant l'origine du besoin de recherche et l'origine de la solution. Il est possible de perfectionner ce modèle en considérant certains aspects fondamentaux qui influent sur chacune des combinaisons susmentionnées. L'étude de la documentation portant sur la gestion de la PI issue de ressources gouvernementales montre que, dans le monde entier, la création et le transfert de technologies publiques présentent cinq aspects fondamentaux. Le bien-fondé de ces aspects a été vérifié auprès de membres des PFTT.
Disposition des aspects, des mandats et des ententes dans la grille
La complexité de la grille et le vaste éventail des enjeux et des ententes possibles traduisent une réalité fondamentale : la gestion de la PI est compliquée. Ses aspects varieront dans une certaine mesure selon chacun des mécanismes de base employés pour créer la PI.
Grille d'évaluation des questions de PI |
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Aspects de PI
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| Origine du besoin de recherche | Origine de la solution | Politique de concurrence | Propriété partagée | Développement industriel | Incitatifs internes | Normes industrielles |
| À l'intérieur du secteur public | À l'intérieur du secteur public | |||||
| À l'intérieur du secteur public | À l'extérieur du secteur public | |||||
| Besoin partagé | Solution conjointe | |||||
| À l'extérieur du secteur public | À l'intérieur du secteur public | |||||
| À l'extérieur du secteur public | À l'extérieur du secteur public | |||||
| À l'extérieur du secteur public | Solution conjointe | |||||
Malgré cette complexité, les outils de gestion de la PI sont plus flexibles que rigides, comme par exemple :
Les gestionnaires de la PI n'auront pas à suivre de règles très strictes. La nature de leur travail fait d'eux des « négociateurs » plutôt que des administrateurs d'un régime réglementaire détaillé. On a tenté de codifier la gestion de la PI, mais les documents produits à cette fin sont compliqués en raison des nombreux détails qu'exige une réalité complexe.
Le défi que doivent relever les gestionnaires de PI consiste à faire face à une réalité complexe pour laquelle il existe peu de règles précises. La situation est cependant meilleure qu'on pourrait le croire, et ce pour les raisons suivantes :
Ayant constaté que la formulation de règles s'appliquant à toutes les situations ne donnerait pas un outil pratique de gestion, les PFTT ont décidé de lancer le présent projet visant à établir des lignes directrices simples pour la gestion de la PI du gouvernement.
Dans les chapitres suivants, la grille sert de cadre pour décrire les approches utilisées à l'échelle internationale pour résoudre certains des aspects les plus difficiles de la PI. On y exposera également certains problèmes spécifiques du Canada, très préoccupants pour les gestionnaires de PI, ainsi que les principes directeurs que l'on peut en tirer.
Comme au Canada, les gouvernements, partout dans le monde, sont engagés directement dans la gestion de la PI en contribuant à sa création, à son utilisation et à son transfert, et indirectement en mettant au point des mécanismes législatifs et réglementaires qui la protègent. Ces interventions ont donné naissance, dans le domaine de la gestion de la PI à l'échelle internationale, à deux grandes tendances :
La première tendance établit, en partie, les assises institutionnelles du commerce de la PI à l'échelle internationale. Toutefois, c'est la deuxième qui intéresse le plus les PFTT. S'il en est ainsi, c'est parce que bon nombre des moyens qui permettent au gouvernement d'utiliser la PI comme instrument de développement économique font appel à l'usage des meilleures pratiques de gestion et à des mécanismes de transfert de la technologie. On peut tirer des leçons de ce qui se produit sur la scène internationale.
La protection de la propriété sur la scène internationale - une initiative des États-Unis
Les pressions exercées pour la mise en oeuvre de mécanismes de protection de la PI qui débordent des frontières nationales sont persistantes, particulièrement quand il s'agit des droits d'auteur et des marques de commerce des produits artistiques. Au cours des 20 dernières années, ces pressions se sont intensifiées en raison des développements technologiques dans le domaine du logiciel et de la reproduction du son et de l'image. La production en série de produits enregistrés est peu coûteuse si on la compare au coût de la conception, de la production et de la mise en marché de leurs composantes artistiques. La tentation de faire des copies des programmes, des livres, des films et des bandes sonores les plus populaires a contribué à l'apparition d'actes de piraterie plus ou moins réprimés par l'État, dans de nombreux pays en développement.
La montée en flèche de l'industrie du logiciel et l'importance croissante des bases de données a amplifié le problème. La distribution physique des données et des logiciels ne constitue plus un obstacle à la piraterie depuis que le transfert électronique des données est devenu monnaie courante.
L'ampleur considérable de ces pertes a eu une incidence sur les gouvernements des pays qui investissent des capitaux substantiels dans la PI. Pour sauvegarder leur patrimoine national, les gouvernements des pays occidentaux ont encouragé l'adoption d'une convention internationale sur la protection de la PI. Les systèmes et les organismes de protection de la PI qui en ont résulté ont encouragé le libre échange de la PI à l'échelle mondiale.
À l'instigation des États-Unis, la PI est devenue un des principaux objets de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce de l'Uruguay Round. L'accord qui en a résulté (ADPIC) était un compromis sanctionnant, sur la scène internationale, les efforts de protection de la PI déployés par les États Unis, tout en garantissant, aux producteurs étrangers de biens intellectuels, un traitement analogue sous l'égide du droit des brevets des États-Unis.
L'OMC, instituée en 1995 au terme de l'Uruguay Round, surveillera l'application des règles de conformité de l'ADPIC. En bref, cet accord requiert :
Ironie du sort, les États-Unis ont dû amender leur loi sur les brevets pour que la propriété intellectuelle d'origine étrangère reçoive chez eux la même protection que les biens d'origine américaine. Avant l'ADPIC, les États Unis octroyaient les brevets en se fondant sur « le premier qui invente aux États-Unis » plutôt que sur « le premier qui en fait la demande ». Les inventions étrangères étaient toutefois réputées réalisées soit quand la demande de brevet était enregistrée, soit quant le produit était introduit aux États-Unis, et non en fonction de la date réelle de l'invention. Cette façon de procéder donnait un avantage aux inventeurs américains sur leur propre marché.
La perte de cet avantage, accordé aux inventeurs américains chez eux, a été compensé par la reconnaissance internationale, via l'OMC, des efforts déployés par les Américains pour protéger leur PI à l'étranger. Parmi ces efforts, on peut citer la liste noire des violateurs de la PI (Special 301) ainsi que les menaces plus directes de mesures de rétorsions visant les biens importés dans les pays qui ferment les yeux sur le vol des biens intellectuels. Les États-Unis tentent également de diffuser l'ADPIC par l'entremise d'autres tribunes internationales comme l'APEC.
À l'extérieur des États-Unis, l'accueil réservé à la création de l'OMC et à la signature de l'ADPIC, a suivi plus ou moins la courbe de la richesse du patrimoine intellectuel des nations.
La tendance à accroître la protection internationale de la PI a une incidence sur le transfert des technologies du secteur public au secteur privé, et ce de deux façons. Premièrement, le marché où les entreprises canadiennes peuvent exploiter la PI produite au moyen des ressources gouvernementales s'accroît au fur et à mesure qu'il devient plus facile de commercialiser les biens intellectuels en toute sécurité. Deuxièmement, l'augmentation du potentiel de mise en marché et de la valeur de la PI incite le gouvernement à protéger le patrimoine intellectuel public de façon adéquate, au fur et à mesure de sa création.
Le développement économique fondé sur la création de la PI
Les gouvernements eux-mêmes participent à la création de la PI. Dans le passé, cette participation a toujours été motivée par la volonté d'appuyer le rôle que joue l'État dans la prestation de biens et de services au public, particulièrement dans le domaine de la défense, de la santé et de la sécurité publique. Les gouvernements s'acquittaient de ce rôle en faisant appel à leurs propres ressources ou au secteur privé, dans le cadre de contrats.
La valeur potentielle, commerciale ou autre, de l'inventaire de la PI publique a amené les gouvernements à se demander quelles mesures de gestion il faudrait adopter pour maximiser le rendement des deniers publics investis dans sa création. Par suite de cette réflexion, la création de la PI publique a été mise au service du développement économique.
De nombreux pays, y compris le Canada, ont en conséquence récemment exploré les enjeux figurant dans la Grille d'évaluation de la PI. Les expériences des autres nations peuvent être étudiées d'un point de vue canadien, pour chacun des enjeux.
Politique en matière de concurrence
L'établissement de liens entre la politique de la concurrence et la politique du transfert technologique vient du désir du gouvernement de maximiser les retombées nationales de la PI publique en autorisant l'usage commercial lorsqu'un tel usage est acceptable. On ne tentera donc pas de réaliser des profits maximaux si le transfert de la technologie publique entraîne une concurrence économique déloyale.
Grille d'évaluation des questions de PI |
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Aspects de PI
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| Origine du besoin de recherche | Origine de la solution | Politique de concurrence | Propriété partagée | Développement industriel | Incitatifs internes | Normes industrielles |
| À l'intérieur du secteur public | À l'intérieur du secteur public | |||||
| À l'intérieur du secteur public | À l'extérieur du secteur public | |||||
| Besoin partagé | Solution conjointe | |||||
| À l'extérieur du secteur public | À l'intérieur du secteur public | |||||
| À l'extérieur du secteur public | À l'extérieur du secteur public | |||||
| À l'extérieur du secteur public | Solution conjointe | |||||
La complexité de la PI créée pour répondre aux besoins du gouvernement a donné lieu à deux phénomènes qui ont une incidence sur la politique de concurrence.
Les États-Unis ont pris des mesures dans ces deux dossiers. La Cooperative Research Act de 1984 a permis aux entreprises qui souhaitent mettre en commun leurs efforts de recherche et de développement dans le cadre de projets préconcurrentiels de laisser de côté leurs craintes de contrevenir aux règles de la concurrence. Ce répit s'applique aux projets de développement de la PI du secteur privé comme du secteur public.
Après avoir éliminé les préoccupations antitrust à l'étape de création de la PI, les États-Unis ont entrepris de resserrer les contrôles sur le transfert des technologies à l'issue de leur mise au point. En 1995, la Antitrust Division du Department of Justice et la Federal Trade Commission ont diffusé des lignes directrices antitrust pour l'émission des brevets protégeant la PI. Ces lignes directrices ont pour but de réduire l'incidence des marchés monopolistiques qui découlent des transferts de la PI.
Le gouvernement se propose essentiellement d'examiner et peut être même d'interdire les transferts de technologie qui permettent à une entreprise de s'approprier plus de 20 p. 100 d'un marché donné. Bien qu'une interprétation ponctuelle reste possible, le but de la politique américaine est clair : transférer la technologie tout en maintenant les forces concurrentielles puisque la PI a plus de prix lorsqu'elle stimule la concurrence.
À l'Union européenne, une loi antitrust de grande portée [clause 85(1) du Traité de Rome] interdit tout accord qui empêche ou restreint la concurrence - ou qui en fausse les règles - entre les entreprises des pays membres de l'Union. Des activités telles que le transfert de la PI, qui peuvent être régies par la clause 85(1), bénéficient d' « exemptions en bloc ». L'exemption en bloc du transfert technologique autorise le transfert de la PI, mais seulement dans des conditions qui interdisent l'établissement de monopoles.
Suivant la tendance des États-Unis, le Livre blanc du Royaume-Uni sur la technologie et la science stipule que les ministères gouvernementaux devraient confier autant de biens intellectuels de la Couronne que possible au secteur privé. Il y a exception à cette politique lorsqu'il y a danger qu'un entrepreneur devienne un fournisseur unique dans le cadre des futurs marchés publics d'approvisionnement ou de service.
La tendance générale de politique de concurrence, sur la scène internationale, est de transférer la PI au secteur privé tout en veillant à ce que ce transfert ne permette pas à une entreprise de dominer un secteur de marché donné.
Partage de la propriété de la PI
De nombreux motifs peuvent entraîner le partage d'un bien intellectuel. Dans maintes circonstances, un projet élaboré pour le gouvernement est en soi tellement complexe que de nombreux intervenants du secteur privé et du secteur public participent à sa création. Chacun contribue au produit final et, par conséquent, peut se réclamer d'un droit de propriété partiel.
Grille d'évaluation des questions de PI |
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Aspects de PI
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| Origine du besoin de recherche | Origine de la solution | Politique de concurrence | Propriété partagée | Développement industriel | Incitatifs internes | Normes industrielles |
| À l'intérieur du secteur public | À l'intérieur du secteur public | |||||
| À l'intérieur du secteur public | À l'extérieur du secteur public | |||||
| Besoin partagé | Solution conjointe | |||||
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Dans d'autres cas, un bien intellectuel peut être produit par un intervenant pour améliorer ou modifier des technologies existantes, qui ont elles-mêmes des éléments produits ailleurs. Le produit technologique final aura donc des propriétaires conjoints dont, dans certains cas, le gouvernement.
En outre, les gouvernements, pour des raisons liées à la politique officielle (souvent sous mandat), désirent parfois garder un droit de propriété sur des biens qui ont été produits grâce aux deniers publics. Cela se produit souvent quand des questions de santé et de sécurité publiques sont en jeu ou quand il faut débattre des questions liées à la défense du territoire. En outre, tel que mentionné ci-dessus, les gouvernements désirent parfois garder un certain contrôle sur les biens intellectuels qu'ils élaborent, afin de préserver les marchés concurrentiels.
La plupart des gouvernements voient le partage de la propriété comme une question délicate, particulièrement du point de vue de la croissance économique. C'est surtout parce que l'usage commercial de la PI peut se réduire en proportion de l'augmentation des coûts - qui peuvent devenir prohibitifs - que représente le recours à de nouvelles idées et à de nouvelles technologies.
Reconnaissant que les coûts administratifs peuvent réduire de façon draconienne l'usage de la PI, les États-Unis ont commencé, dès 1980, à simplifier les tracasseries administratives pour mettre les technologies fédérales à la portée du secteur privé et des universités. L'obligation, pour l'administration centrale des ministères et organismes à vocation scientifique de passer en revue toutes les ententes d'exploitation sous licence avait créé un goulot d'étranglement. Grâce à l'adoption d'une série de lois (en commençant par la promulgation de la Baye-Dole Act de 1980), le gouvernement fédéral a pris la décision d'octroyer des licences (voire des droits exclusifs) et de céder le droit de propriété de l'État aux gestionnaires des laboratoires publics.
Lorsque la propriété intellectuelle est confiée aux entrepreneurs ou à d'autres intervenants du secteur privé, le droit du gouvernement à l'égard à cette propriété ne s'éteint pas. Par exemple, l'Administration américaine de l'aéronautique et de l'espace (NASA) transfère au secteur privé les droits de propriété de toutes les inventions faites par ses entrepreneurs. Même les inventions faites par les employés de la NASA sont commercialisées grâce à l'offre de licences aux sociétés qui sont qualifiées pour en exploiter la technologie. Néanmoins, afin de protéger l'intérêt public, la NASA se garde un « droit de retrait » qui lui permet d'influencer l'utilisation que fait le secteur privé de la PI. En outre, la NASA conserve une licence qui permet l'usage de la technologie par le gouvernement après son transfert.
Le partage de la propriété de la PI est source de problème. On a tendance à favoriser, sur la scène internationale, un déploiement rapide de la PI dans le secteur privé. Les gouvernements se gardent un « droit de retrait », au cas où l'exploitation de la propriété intellectuelle publique serait insatisfaisante et ils se gardent le droit d'utiliser la PI à des fins de recherche pour leurs propres projets de recherche et de développement.
Politique en matière de développement industriel
Les connaissances et les technologies développées à l'aide de ressources publiques peuvent servir d'instrument de développement économique de deux façons :
Grille d'évaluation des questions de PI |
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Aspects de PI
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| Origine du besoin de recherche | Origine de la solution | Politique de concurrence | Propriété partagée | Développement industriel | Incitatifs internes | Normes industrielles |
| À l'intérieur du secteur public | À l'intérieur du secteur public | |||||
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| Besoin partagé | Solution conjointe | |||||
| À l'extérieur du secteur public | À l'intérieur du secteur public | |||||
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Selon l'Institut national américain de recherches en santé du milieu, un des instituts nationaux de la santé aux États-Unis, le motif principal du peu d'enthousiasme manifesté par les entreprises jusqu'aux années quatre-vingt à participer aux transferts technologiques en provenance des installations de recherches fédérales était que la recherche fédérale était à la disposition de tout le monde, ce qui, à première vue, semble normal pour une recherche subventionnée par l'État, mais qui étouffait tout espoir, pour ces sociétés, de récupérer leurs investissements dans les projets réalisés en collaboration avec l'administration fédérale. En agissant ainsi, les États-Unis renonçaient à leur pouvoir d'utiliser la PI comme levier économique. Le conseil national de recherches de l'Italie a eu le même problème quand il a publié de l'information technique et scientifique sans réserve, réduisant ainsi les effets de l'investissement public italien sur l'Italie et l'Europe.
Faire profiter la population au maximum des bienfaits de la PI appartenant ou créée par le gouvernement n'est pas la même chose que transférer des technologies aux personnes morales et physiques à qui profitera le plus la détention de la PI. Les gouvernements exploitent la PI dans le cadre de leur mandat de développement économique et peuvent introduire des considérations autres que commerciales dans leurs méthodes de transfert de la technologie. L'exemple qui saute aux yeux, c'est que tous les gouvernements, peu importe le pays, ont tendance à choisir pour l'exploitation de la PI des partenaires qui maintiennent la propriété et la commercialisation de cette dernière à l'intérieur des frontières nationales.
Les gouvernements tentent de stimuler le développement économique en encourageant la création de PI dans un secteur ou dans une région en particulier. L'incitatif peut prendre la forme d'une installation emménagée dans la région visée pour qu'elle fasse de la recherche et du développement dans les domaines industriels d'intérêt local. L'emplacement de certains laboratoires de recherches du CNRC et d'Agriculture et Agroalimentaire Canada illustre cette démarche. Par ailleurs, les gouvernements peuvent encourager le développement de la PI dans le secteur privé en subventionnant les entreprises qui font de la recherche et du développement dans des domaines précis. Le CANARIE et l'ASC stimulent le développement de la PI à l'aide de ce genre de programme de gestion du risque.
Les programmes de développement économique qui s'appuient sur la création de PI ont leurs inconvénients. Ainsi, à Taiwan, entre 1986 et 1996, le gouvernement a dirigé des projets de R et D en science et technologie, afin d'améliorer les capacités de R et D dans le secteur privé en ouvrant des centres gouvernementaux de R et D. Le programme en est arrivé à représenter 55 p.100 de l'activité de R et D dans l'ensemble du pays, mais deux chaînons manquants, au niveau de l'information sur le transfert de la technologie du secteur public vers le secteur privé, ont nui à son succès comme outil de développement économique.
Le premier se situait sur le plan technologique : on a découvert que nombre des entreprises qui voulaient profiter de la PI créée par le gouvernement n'avaient pas les compétences techniques nécessaires pour comprendre ou exploiter les technologies qu'on leur avait cédées.
Le second concernait le marché. Les données sur le marché qui étaient transmises aux laboratoires de recherches en vue de la planification d'autres technologies étaient inadéquates ou mal interprétées par les chercheurs.
La création de PI sert de stimulant au développement industriel en région dans des secteurs cibles. Ainsi, on disperse un peu partout la recherche financée par le gouvernement et, pour le développement sectoriel, on met en place des programmes d'investissement cibles.
Incitatifs au développement de la PI dans la Fonction publique
Les gouvernements tels que celui du Canada ont la possibilité de créer de la PI par l'intermédiaire de leurs ministères et organismes à vocation scientifique. De manière générale, la PI créée par les fonctionnaires est la propriété de l'État. Cette façon de faire est la même partout dans le monde. Les pays se distinguent pourtant dans la façon de récompenser les fonctionnaires qui ont contribué à la création et au transfert de la PI. On peut récompenser de deux manières :
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L'expérience d'autres pays permet de croire que ce deuxième moyen est de loin le plus important aux yeux des gouvernements qui veulent tirer parti de leurs investissements dans la PI.
Selon le Conseil national de recherches italien, qui relève de l'Office de normalisation et de réglementation en matière d'innovation, de transfert technologique et de brevet, l'une des causes premières du problème endémique de la divulgation prématurée de découvertes est la conviction profonde, chez les chercheurs, que le seul moyen de survivre sur le plan professionnel est de publier. Le fait d'avoir publié suscite le respect des pairs, prestige et promotion. Aux États-Unis, la NASA a tenté de changer cette mentalité en faisant savoir que les réalisations sur le plan des transferts technologiques seraient un critère d'évaluation des employés et en utilisant le potentiel de transfert technologique comme critère important de sélection des projets qui recevraient les ressources nécessaires.
Voici ce qu'on peut lire dans les descriptions de poste des chercheurs et des ingénieurs de la
NASA :
«Découvrir et développer une technologie en faisant de la recherche et du développement dans les domaines techniques et scientifiques dans le cadre de son travail et en faciliter le transfert, selon la législation fédérale en matière de transfert technologique, à une société américaine ou étrangère.»
Le Canada et de nombreux autres pays récompensent financièrement les fonctionnaires qui ont développé une technologie qui a été commercialisée avec succès. La loi américaine de 1986 sur le transfert technologique prévoit le versement de 15 p.100 des redevances d'une PI fédérale aux fonctionnaires qui en sont les inventeurs. Au Japon, le Bureau des sciences et des techniques industrielles, qui emploie plus de 2 000 chercheurs et ingénieurs, a adopté la politique de céder 50 p.100 de la PI à l'inventeur. Cependant, les chercheurs doivent payer de leur poche les frais de dépôt et de gestion des brevets connexes. Si ces frais deviennent trop lourds, les chercheurs ont le droit de vendre leur part à une entreprise privée à des fins de commercialisation.
La plupart des pays récompensent financièrement les fonctionnaires qui développent une PI. Pourtant, l'incitatif le plus efficace consiste à intégrer la création et le transfert de la PI dans la description de poste et dans les critères d'évaluation des employés.
Normes industrielles et gouvernementales
Les gouvernements concluent des marchés et des partenariats avec le secteur privé, afin de remplir leurs responsabilités à l'endroit de la population. Ces marchés sont souvent à l'origine de la création d'une PI. La population peut profiter de cette PI sur deux plans :
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Le potentiel de commercialisation, en collaboration avec le secteur privé, des technologies développées dans le secteur public dépend de la similitude des normes appliquées dans le secteur public et dans le secteur privé. Prenons l'exemple des produits conçus pour un usage militaire. Ils sont souvent trop perfectionnés pour être utilisés à des fins civiles, ce qui exigerait leur modification de manière à réduire les coûts de production. Plus l'écart entre les normes gouvernementales et les normes industrielles est important, plus il est difficile d'adapter le produit.
Le gouvernement américain essaie d'amener les départements gouvernementaux à s'aligner sur les normes industrielles dans la mesure du possible. Deux mesures législatives ont été adoptées en ce sens. La première (la Federal Acquisitions Streamline Act), entrée en vigueur en 1995, vise à rationaliser les achats du gouvernement; elle permet aux organismes et aux départements gouvernementaux de modifier leurs pratiques de manière à appliquer les normes existant dans le secteur privé.
La seconde, adoptée en mars 1996, traite du transfert et de l'avancement technologiques et oblige les départements à :
« comparer les normes suivies dans la recherche scientifique, le génie, la fabrication, la vente, l'industrie et l'enseignement à celles adoptées ou admises par l'administration fédérale et à amener les organismes fédéraux à adopter les normes du secteur privé, en insistant, s'il y a lieu, sur l'utilisation de normes établies par des organisations privées d'uniformisation. »
Cette loi établit également qu'un département gouvernemental qui n'applique pas les normes convenues devra justifier son attitude, à moins que la sécurité publique et la défense ne soient en jeu. Cette obligation ne s'applique pas à l'industrie.
À l'échelle internationale, les gouvernements se conforment de plus en plus aux normes industrielles. L'effet de cette tendance se manifeste surtout dans l'impartition des besoins gouvernementaux en matière de technologie.
Les colonnes de la grille d'analyse des questions de PI s'appliquent au Canada comme à tout autre pays industrialisé. Cette similitude a pour avantage de permettre aux décideurs canadiens de tirer des leçons des autres États. Cependant, elle signifie que la gestion des questions de PI au Canada sera aussi complexe qu'elle l'a été dans le reste du monde.
Les entretiens réalisés avec des intervenants clés ainsi que l'examen des lois pertinentes, de la documentation des PFTT et des politiques de PI énoncées montrent que plusieurs outils d'élaboration de politiques et de prise de décisions sont déjà en place :
Le gouvernement dans son ensemble possède toute l'expérience et les capacités nécessaires pour composer avec la complexité des questions de PI. En s'entendant sur des principes directeurs pour la gestion de la PI, les ministères et les organismes à vocation scientifique peuvent utiliser l'ensemble de leur expérience pour susciter davantage d'investissements publics dans la PI.
Contourner la complexité
Dans les ministères et les organismes, les questions de PI sont abordées en fonction du mandat du ministère ou de l'organisme et du type de situation où il est appelé à intervenir dans la création d'une PI. En gros, chaque ministère et chaque organisme est spécialisé en quelque sorte dans les questions de PI figurant dans une ou deux rangées de la grille d'évaluation.
Un organisme de financement qui se trouve dans une situation où la demande et la solution émanent du secteur privé possédera une connaissance approfondie des questions de propriété partagée qui se posent dans les ententes relatives à des redevances et à la participation. Cependant, il aura probablement peu d'expérience des questions concernant les incitatifs au transfert de technologie dans la fonction publique. Inversement, les ministères qui remplissent leur mandat grâce à des recherches effectuées à l'interne sauront exactement comment offrir des incitatifs au rendement, mais ils ne disposeront pas de compétences de transfert de technologie nécessaires pour exploiter les aspects pertinents de leurs recherches.

Comme l'illustre la grille, chacun des organismes possède un point de vue plutôt étroit qui risque de lui faire manquer des occasions. Par contre, l'expérience collective de la gestion de la PI dans l'ensemble du gouvernement du Canada couvre presque tous les aspects de la PI.
Motifs de la gestion de la PI
Deux motifs généraux peuvent inciter le gouvernement à se lancer dans la gestion de la PI. Le premier consiste à exploiter le potentiel créateur de la fonction publique, surtout celui des ministères et des organismes à vocation scientifique, afin de maximiser les revenus de l'État provenant de la création de PI parrainée par le gouvernement. D'autre part, le gouvernement peut utiliser la création et le transfert de PI pour maximiser les avantages que la population canadienne et l'économie en général peuvent tirer des investissements publics dans la PI.
Les PFTT s'entendent pour dire que la production de revenus ne doit pas constituer le principal motif de la gestion de la PI au gouvernement. Comme il en sera question, la PI qui appartient au gouvernement fédéral ou pour laquelle le gouvernement possède une licence ne constitue pas une
« mine d'or » comme il pourrait le croire. Dans les universités et au gouvernement, le coût des brevets permettant de protéger la PI créée à l'interne excède les revenus provenant des licences correspondantes. Le système d'imposition est un moyen plus efficace et plus neutre sur le plan économique de financer les opérations du gouvernement.
Le deuxième motif, qui est de maximiser les avantages publics, est peut-être préférable au premier, mais il est plus complexe. Sa complexité provient des nombreux moyens dont le gouvernement dispose pour faire bénéficier le public de ces avantages. Le gouvernement peut participer à la création de PI pour remplir ses diverses obligations :
Ces activités permettent au gouvernement d'offrir des avantages à la population canadienne. Elles constituent également des facteurs de motivation pour la création de PI. L'Agence spatiale canadienne, par exemple, aide souvent les entreprises de l'industrie aérospatiale à produire des innovations qui s'appliquent au programme spatial mais aussi qui lui permettent de jouer son rôle sur le plan du développement économique et régional.
La connaissance de la gestion de la PI et du transfert de technologie varie beaucoup en fonction des motifs qui poussent le ministère ou l'organisme à créer une PI. Par exemple, l'expérience de la PI et du transfert de technologie d'un organisme de financement de la recherche (comme le CRSNG) sera très différente de celle d'un ministère dont le mandat est de protéger la santé et la sécurité des Canadiens (comme Santé Canada ou Environnement Canada).
Exploiter la valeur de la PI
Avec les réductions que subissent les ministères et les sociétés d'État, bon nombre de gestionnaires commencent à voir la PI comme une source potentielle de revenus pouvant accroître les fonds dont ils disposent, qui se raréfient. Cette tendance se traduit par la pression accrue exercée sur les scientifiques et les gestionnaires de PI afin qu'ils « livrent la marchandise ».
Pour la plupart des gestionnaires de PI, cette tendance est dangereuse car elle risque de détourner les ministères et les sociétés d'État de leurs mandats en matière de R et D.
Au ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, par exemple, la recherche sur la production de nouvelles variétés de plantes est considérée comme un bienfait pour le public si les plantes visées produisent des semences pouvant être utilisées par les agriculteurs l'année suivante. Il s'agit d'un bienfait parce qu'aucun producteur commercial de semence ne peut facilement tirer un revenu suffisant de ce type de plantes, même si elles sont utiles aux agriculteurs. Le ministère comble donc une lacune du marché en fournissant un bien public.
À Santé Canada, la R et D a pour but de protéger la santé et la sécurité de la population. La recherche effectuée au Laboratoire de lutte contre la maladie donne lieu à une PI précieuse, mais celle-ci est produite aux fins de la santé et de la sécurité. Si l'on donnait à ce laboratoire une vocation commerciale, on risquerait de le détourner de son rôle initial.
Les pressions exercées sur les sources de revenus des ministères et la croyance selon laquelle l'exploitation de la PI pourrait offrir des solutions créent également de fausses attentes par rapport à la valeur de la PI. On croit naïvement que de nombreux laboratoires possèdent des mines d'or de PI qui pourraient être converties en argent sonnant si l'on savait où chercher et comment les exploiter efficacement. En général, on se crée des attentes trop élevées par rapport à la valeur des portefeuilles de PI.
S'il est peu probable que des mines d'or soient découvertes, la gestion de la PI peut souvent être améliorer, et certains ministères mettent en oeuvre des opérations liées à la PI ou les accroissent, si bien que de nouvelles personnes souvent inexpérimentées sont chargées de gérer la PI. Ces personnes sont souvent découragées par la complexité des questions de gestion de la PI. Toutefois, un processus d'encadrement informel et très efficace semble toutefois avoir été lancé; il permet aux gestionnaires de PI de tous les ministères de mettre en commun leur expérience avec l'aide des PFTT, qui constituent un important catalyseur et permettent l'échange de nouvelles idées et de nouvelles approches.
L'encadrement est extrêmement important parce que la gestion de la PI exige la « négociation d'ententes » pour lesquelles il est difficile de codifier des règles. Les gestionnaires de PI inexpérimentés doivent acquérir des aptitudes tacites - il ne suffit pas de créer un ensemble de règles.
Par conséquent, l'exploitation de la valeur de la PI exige une gestion très soigneuse.
Possibilités de production de revenus
La production de recettes à partir de la PI n'est pas un objectif important pour la majorité des ministères et des organismes gouvernementaux :
Il reste cependant que le gouvernement acquerra de la PI ayant une valeur commerciale et qu'il devra s'assurer que l'État tire un revenu approprié de son utilisation.
L'expérience des ministères et des universités indique que les revenus dépendent largement du mécanisme utilisé pour transférer la technologie.
La concession de licence de brevet produit les revenus les plus faibles. La plupart du temps, les recettes produites ne compensent pas les frais juridiques et les coûts liés à la conservation des brevets.
Les travaux de recherche conjoints réalisés avec d'autres ministères ou d'autres organismes dans le but de créer une PI représentent une source de revenus beaucoup plus importante que la concession de licence. L'acceptabilité de ce genre de projets dépend beaucoup du mandat du ministère qui y participe. Par exemple, il serait difficile pour Santé Canada, qui est responsable de la réglementation des produits pharmaceutiques, d'entreprendre un projet de recherche sur un nouveau médicament en collaboration avec une seule entreprise. Par contre, le CNRC, dont le mandat vise le développement industriel, se doit de participer activement à ce type de recherche.
Dans les cas où un laboratoire contribue à remplir un mandat pour un bien public, la recherche et le développement peuvent être accomplis en collaboration avec un consortium industriel pouvant partager des connaissances et les utiliser pour créer des produits différents. Par exemple, l'Institut de biotechnologie des plantes du CNRC, à Saskatoon, produit un grand nombre de variétés de canola en collaboration avec un consortium industriel. Les entreprises de ce consortium peuvent ensuite croiser les plantes et créer de nouveaux produits.
La participation à une entreprise en échange du transfert d'une PI représente sans aucun doute la plus grande source de revenus. Cependant, il s'agit d'un domaine difficile pour le gouvernement, car on interdit expressément aux ministères et aux sociétés d'État de détenir une part des entreprises privées. Les ministères et les organismes dont le mandat est lié au développement industriel envisagent la possibilité de concéder des licences pour leurs technologies à une société d'État, comme la Banque de développement du Canada, qui peut intervenir dans le secteur privé. La Banque pourrait par exemple concéder une licence à une entreprise en échange d'une participation.
Il s'agit là d'un domaine très expérimental pour lequel on commence à élaborer des lignes directrices. La situation se complique davantage dans le cas d'une entreprise « dérivée » fondée par un employé du gouvernement. On explore actuellement ce domaine difficile de la gestion de la PI, qui exige de trouver un équilibre entre les objectifs légitimes des ministères et des organismes, qui dans le cadre de leur mandat de développement industriel, cherchent à favoriser les entreprises dérivées et à en bénéficier d'une part, et d'autre part les questions de probité et de la diligence raisonnable. Un ou deux modèles d'essai devraient être élaborés au cours de l'année.
En résumé, les meilleurs revenus proviendront de la participation; on prévoit tirer de la PI des revenus importants des travaux conjoints de recherche et des revenus faibles, dans le cas de la concession de licence. Il est intéressant de constater qu'il en est tout autrement dans le cas des lignes directrices sur la gestion de la PI : des lignes directrices sont bien établies pour la concession de licences, mais il n'en existe pratiquement aucune sur la participation.
Questions de gestion
Les personnes interrogées ont souligné certaines questions de gestion qui influent sur leur capacité de maximiser les avantages que l'on peut tirer de la PI au sein du gouvernement. Deux de ces questions ont déjà été abordées :
Ces deux questions occasionnent certaines difficultés, mais d'autres questions qui ont trait à la gestion de la recherche même sont bien plus importantes.
Dans tout effort de R et D bien planifié, la protection de la propriété intellectuelle fait partie de la stratégie de recherche. La conception des expériences est souvent dictée par les objectifs de PI, tout comme le calendrier des investissements dans les programmes de recherche prometteurs.
Il est rare que les laboratoires gouvernementaux adoptent une approche globale de la R et D dans laquelle la gestion de la PI fait partie de l'élaboration des projets. Les scientifiques élaborent la PI de façon isolée et tentent ensuite d'obtenir un brevet pour leurs inventions. Le gestionnaire de PI n'est pas en contact avec le travail de recherche et ne peut donc pas le guider de façon à assurer une protection adéquate.
En éloignant le gestionnaire de PI de la R et D, on réduit considérablement les possibilités de commercialisation. Le gestionnaire de PI ne peut pas entrevoir entièrement les possibilités de PI, et les scientifiques ne sont pas suffisamment conscients du potentiel du marché. La promotion de la PI est réalisée au moyen de la publicité, d'Internet, etc. C'est par hasard que l'on trouve des entreprises capables d'exploiter la PI. Il est rare que de sérieux efforts de commercialisation soient déployés afin de trouver les collaborateurs les plus compétents.
La séparation de la R et D et de la gestion de la PI se combine à l'impératif de publier pour les scientifiques employés par le gouvernement. Cette situation est aggravée par les critères d'évaluation du rendement, qui incitent les scientifiques à publier, mais récompensent rarement leurs contributions au développement de la propriété intellectuelle.
Le manque de rapprochements entre la R et D et la PI rend les chercheurs indifférents aux besoins en matière de PI. Dans les conférences et les séminaires, les chercheurs font des révélations imprudentes et irréfléchies qui nuisent à la situation de la PI.
Enfin, une grande partie de la PI du gouvernement réside dans les aptitudes tacites des chercheurs, qui possèdent eux-mêmes un « savoir-faire » et des « secrets commerciaux ». La séparation des fonctions de R et D et de PI a créé une situation dans laquelle ces connaissances sont complètement sous-évaluées et ne sont pas exploitées au profit de l'État ou de l'économie.
Des améliorations peuvent être apportées à la gestion de la PI au gouvernement :
Les gestionnaires de PI doivent être en mesure de commercialiser les portefeuilles de R et D plutôt que de les promouvoir. Pour réussir, il est essentiel de choisir les bons partenaires en vue de la commercialisation.
La recherche de solutions
Malgré la complexité des questions de PI, les gestionnaires ont réussi à composer avec les nombreux problèmes qu'ils ont connus. Peu d'entre eux se sont heurtés à des difficultés techniques ou à des obstacles liées aux règles. La capacité de rédiger des contrats et d'établir des licences donne aux gestionnaires la souplesse dont ils ont besoin pour remplir leurs mandats.
Un système informel d'encadrement a été créé; il est fortement appuyé par les PFTT.
La plupart des gestionnaires de PI reconnaissent que les règles codifiées ne peuvent pas prévoir toutes les situations qui peuvent se présenter. Les aptitudes tacites, l'expérience pratique, les études de cas et les grandes lignes directrices semblent être les outils d'apprentissage à privilégier.
Comme le gestionnaire de PI est un « négociateur d'ententes », les ministères devront accepter les normes qui s'appliquent au secteur privé. Certaines ententes seront de grandes réussites, d'autres échoueront, et des erreurs se produiront à l'occasion. Ces caractéristiques feront partie de la réalité de la gestion du portefeuille.
Résumé des questions de gestion
Parmi les problèmes qui ont été signalés, seuls quelques-uns ont trait aux règles qui régissent la gestion de la PI.
De graves problèmes découlent du manque de participation du gestionnaire de PI au travail de recherche et du manque de discipline chez les scientifiques à l'égard de la protection de la propriété intellectuelle de l'État.
Selon les personnes interrogées, les principes de gestion de la PI sont souvent flous et devraient être présentés sous forme de lignes directrices simples.
Les attentes par rapport à la valeur de la PI sont trop élevées; elles doivent être plus réalistes.
La PI exige la « négociation d'ententes ». La gestion de la PI et la formation des participants exigera l'enseignement d'aptitudes tacites et du « savoir-faire », qui sont aussi importants et même plus importants que les règles codifiées.
Les principes de gestion de la PI qui suivent ont été élaborés à partir d'entretiens, de la documentation étudiée et des données recueillies dans le cadre de la présente étude. Ils sont décrits en détail dans le document d'accompagnement intitulé « Principes directeurs pour la gestion de la propriété intellectuelle : Rapport sommaire ».